L’art de collectionner

L’art de collectionner

De Michel Huard, historien de l'art et commissaire indépendant| 2019-04-02T12:07:09-05:00 20 mars 2019|Conseil d'expert|

Bâtir une collection d’art relève de la même passion que celle qui vous a guidé.e, jeune, à  collectionner les voitures miniatures, les cartes postales ou les assiettes de porcelaine. Vous aimez le travail d’un.e artiste et vous désirez vous procurer ses oeuvres ; les peintures de paysage vous fascinent et vous en voulez de toutes les époques; la photographie contemporaine, surtout les grands formats, vous donne l’envie folle d’en tapisser vos murs !

Je vais tenter, dans cet article, de vous fournir des clés pour réaliser une collection d’art qui vous ressemble, et dont vous serez fier et amoureux. Je vais également vous partager quelques embûches, préjugés et traumatismes liés aux enjeux du collectionnement et dont on parle trop peu souvent.

Cultiver sa curiosité Prenons pour acquis que vous possédez 3-4 oeuvres et que vous souhaitez donner du corps à ce qui se présente comme un début de collection et une réelle passion. Si votre passion est dévorante, il sera difficile de la discipliner. Allez-y au gré de vos coups de coeur et de vos rencontres !

En revanche, si vous concevez l’élaboration de votre collection comme un projet à long terme, prenez le temps de vous familiariser avec le milieu de l’art, pour le plaisir de nourrir votre curiosité : visitez des expositions (musées, galeries, foires), feuilletez des catalogues et des revues, fréquentez des portfolios d’artistes sur Internet. Ce faisant, vous en apprendrez plus sur la diversité de la production, vos goûts se préciseront et vous aurez plus d’assurance pour planifier vos acquisitions ou pour en confier le soin à des galeristes ou à des experts en histoire de l’art. Sachez que plusieurs agissent à titre indépendant et peuvent faire des recherches pour vous et vous aider à établir la juste valeur de votre collection sur le marché.

Écouter son coeur  N’achetez que des oeuvres pour lesquelles vous avez un coup de coeur ! S’il arrive qu’au fil des ans vous perdiez la flamme pour une oeuvre, acceptez l’idée de vous en départir dans un exercice de revente. Profitez-en alors pour rajeunir votre collection, la renforcer, y introduire des oeuvres plus récentes qui suivent l’évolution de vos goûts, le développement du marché, l’apparition de nouvelles activités de création.

Adopter un budget Les ventes aux enchères des grandes maisons comme Sotheby’s ou Christie’s donnent l’impression que l’art n’est accessible qu’aux gens fortunés. Détrompez-vous ! Bon nombre d’artistes vendent leurs oeuvres à des prix qui défient toute concurrence ! Il suffit de comparer une oeuvre originale vendue par un.e artiste d’ici à des tableaux manufacturés en Chine et vendus dans des boutiques de décoration. Pour quelques dollars de plus, vous aurez l’originalité, la matière, le vécu de l’artiste, l’émotion de vivre avec l’authenticité…

Go Art a lancé l’invitation à ses membres et amis de consacrer 1% de leur budget annuel à l’acquisition d’oeuvres en arts visuels. Cela peut représenter 500$ ou 2000$. Ce peut être aussi le montant que vous aurez négocié pour réduire le coût d’achat de votre nouvelle auto.

En somme, j’aimerais vous convaincre que votre budget, aussi petit soit-il, peut vous permettre d’acquérir des oeuvres d’art de qualité à des prix abordables !

Embûches et préjugés L’une des embûches les plus répandues et les plus difficiles à combattre face aux arts visuels est le sentiment d’incompétence. Plusieurs vont jusqu’à croire qu’il faut avoir une formation en art pour acquérir une oeuvre. Allons donc! Acheter une oeuvre, c’est d’abord une affaire de coeur et d’émotion, on n’a pas besoin d’un diplôme pour tomber en amour…

Traumatismes La crainte de recevoir des commentaires négatifs de la part de son entourage et la peur de perdre son investissement comptent parmi les traumatismes que me confient ceux et celles qui désirent acquérir une oeuvre.

Comment calmer ces traumatismes ? Tout d’abord, il faut accepter qu’une oeuvre d’art n’est pas un bien de consommation comme les autres. Sa valeur repose autant sur des facteurs émotifs que sur les fluctuations du marché de l’art. On peut considérer que la valeur d’une oeuvre d’art s’établit sur un grand nombre de paramètres: les tendances, la cote de l’artiste, la compétition du milieu, les valeurs refuge … On ne peut donc pas prédire le rendement de son investissement mais on peut vivre longtemps avec son coup de coeur.

Quant aux réactions que suscite votre oeuvre auprès des vôtres, vous devriez peut-être vous en réjouir car c’est le signe qu’elle ne laisse pas indifférent. Que ce soit de l’étonnement, du plaisir ou de l’incompréhension, votre oeuvre touche les gens de multiples façons et révèle ainsi sa profondeur.

Pour info sur les guides Collectionner produits par l’AGAC