ARTiviste

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De Johanne Gaudet, directrice de la galerie Go Art| 2021-11-15T18:46:19-05:00 16 octobre 2021|Entretien|

J’ai rendez-vous avec un artiste qui a baptisé son atelier, l’Atelier du gosseux. J’ai pensé : voilà un artiste de l’art populaire qui a oublié de moderniser son look et sa pratique ! Je me suis vite ravisée pendant notre conversation:  Patrick Lavallée est bel et bien un artiste de l’art populaire actuel, passionné par sa pratique, militant pour la démocratisation de la culture, poète avec les poètes qui ont chanté les grandeurs et les misères du Québec, fantaisiste et plutôt déluré comme le sont les vrais gosseux !

Patrick Lavallée

Hibou, série Animaux fantastiques, Patrick Lavallée, 2021. Bois, métal, peinture. H: 20 po/50 cm

Patrick Lavallée, qu’est-ce que ça signifie, en 2021,  être un artiste en  art populaire ? Autrefois, on gossait des personnages, des oiseaux ou des bateaux à temps perdu,  pour passer le temps. Qu’advient-il de cette pratique artistique? Porte-t-elle un réel projet de création, d’innovation et de partage?  Je ne veux pas être le gosseux de service,  ni la saveur exotique du mois… J’ai une quête en tant qu’humain et ça se reflète dans ma recherche et ma production d’artiste. Je me suis engagé dans la création sans savoir où cela me conduirait, mais je souhaite laisser des traces. Tu sais, ma mère a eu la maladie d’Alzheimer et je me suis mis à faire des « boîtes à mémoire » pour conserver toutes ces petites choses du quotidien qui jalonnent ma vie – billets de spectacles, mèches de cheveux, photos – dans l’idée de les léguer à ceux/celles qui me suivront. Dans l’échelle de mes convictions, la mémoire est au sommet, et le désir de transmission l’est aussi. 

Mon panthéon de héros compte des patriotes, des poètes, des joueurs de hockey – L’essentiel de la démarche de Patrick Lavallée est dans ces mots : mémoire et transmission. Petit à petit, il élabore la construction de sa « boîte à mémoire collective » : il fabrique des personnages de broc et de bois à même nos contes et légendes;  il crée des animaux fantastiques en hommage à la vision spirituelle des Autochtones envers la nature et les animaux;  il crée son propre panthéon de gens remarquables, parfois oubliés de l’histoire.

Patrick Lavallée

Patriote, série Héros, Patrick Lavallée, 2021. H: 20 po/50 cm

Je fais des recherches sur notre histoire, et mes héros sont des patriotes, des poètes comme Gaston Miron et Félix Leclerc, il y a aussi René Lévesque et des joueurs de hockey, Lafleur et le Rocket. Les écrits de Serge Bouchard sont une source infinie d’inspiration et, en référence à ce grand homme, il m’arrive, modestement, de me présenter comme un « ethnologue de coeur ». Je n’ai pas sa formation mais je voudrais adopter son regard pour transmettre, non pas en mots comme lui mais avec mes matériaux de gosseux,  la beauté des rituels du quotidien, faire rêver…

Je porte un regard différent sur ce que je vois et sur ce qu’on me raconte – Patrick est autodidacte, il travaille de façon intuitive, sans règles et sans autre contrainte que sa liberté de création et son indépendance ! Dans son langage, la liberté de s’exprimer prime sur tout. Imaginer et construire une scène ou un personnage, avec un bout de métal, un chalumeau, une pince à linge, un reste de peinture. Je porte un regard différent sur ce que je vois et sur ce qu’on me raconte.

Patrick Lavallée

La Corriveau, Patrick Lavallée, 2021. Sculpture présentée au Parc Jeanne D’Arc (Québec)

L’histoire de La Corriveau me rappelle constamment le sort que la société réserve aux femmes qui ne respectent pas le rôle qu’on leur attribue. Pour moi, La Corriveau est de celles-là. C’est une femme forte, je l’ai représentée debout dans sa cage et sa taille est plus imposante que les soldats, à ses pieds, qui l’ont condamnée. Elle crie, sa bouche est grande ouverte, est-ce un porte-voix ? Réinterpréter et animer les contes et les légendes, faire connaître et actualiser des faits de société, comme La Corriveau, c’est ma voie, c’est une forme de militantisme artistique dont je me réclame.

Le Gosseux du possibleOn peut dire de Patrick Lavallée qu’il est un gosseux, nouvelle génération. S’il revendique son appartenance à la tradition de l’art populaire, et tout particulièrement à l’esprit libre des anciens, il n’en est pas moins conscient de faire progresser ce patrimoine vivant et de participer à la vitalité de notre culture.  Il est heureux et fier de la reconnaissance qu’il obtient par ses expositions publiques, ça lui donne des frisssons. C’est pourtant auprès des jeunes dans les écoles où il les rencontre, qu’il ressent la valeur de son engagement, comme porteur de flambeau de la tradition.

Ni Diable ni Dieu: Patrick Lavallée expose ses sculptures monumentales sur les Plaines d’Abraham dans un parcours extérieur rappelant des événements historiques et des faits de société, parmi lesquels La Corriveau. Le parcours de 16 scènes s’intitule Jardin d’Halloween, et se tient au Parc Jeanne D’Arc du 1er octobre au 6 novembre 2021.

Droits des femmes: Dans ses cartons, Patrick Lavallée prépare une exposition rappelant la lutte des femmes pour leurs droits. Détails à venir.

Pour voir et acheter, contactez-moi : johanne.gaudet@galeriegoart.ca